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Parcs photovoltaïques : quel(s) impact(s) sur les pollinisateurs ?

abeille sauvage - bombus terrestris - parc photovoltaïque
Œuvrer pour préserver la biodiversité ! Voilà l’essence même de nos métiers.

CERMECO, en plus de mener des expertises écologiques dans le cadre d’études réglementaires, dédie une partie de son travail à la Recherche.

Depuis 2020, trois étudiants ont ainsi consacré leur stage de Master II à l’étude des pollinisateurs sauvages, encadrés par leur tuteur de l’Université Toulouse III – Paul Sabatier et par nos experts naturalistes. Benoît De Freitas s’est penché sur l’attractivité de la flore pour les pollinisateurs. Puis, Antoine Huguenin et Adrien Castro Torres, ont engagé chacun leur tour un inventaire des pollinisateurs apoïdes au sein des parcs photovoltaïques.

Afin de poursuivre et approfondir le travail engagé et ainsi aboutir à des données précieuses pour la préservation et la prise en compte de ces espèces dans l’élaboration des études préalables à l’implantation de parcs photovoltaïques, Adrien Castro Torres a eu l’opportunité, grâce à un financement européen dans le cadre du plan France Relance, d’intégrer pour un CDD de 2 ans les effectifs du CNRS avec un pied en entreprise, à CERMECO.

Son sujet d’étude : Comment concilier la présence des pollinisateurs, et notamment les abeilles sauvages, avec l’implantation de parcs photovoltaïques, sources d’énergie renouvelable en plein essor ?

Sous la houlette du maître de conférences enseignant chercheur Laurent Pelozuelo, et en lien avec le laboratoire écologie fonctionnelle et environnement de l’Université de Toulouse, Adrien allie travail de terrains, d’identification et études des variables.

Il mène actuellement ses expérimentations sur 4 parcs photovoltaïques situés en Occitanie (Aude, Gers, Tarn-et-Garonne et Haute-Garonne) développés par Urbasolar, Reden et Neoen, partenaires de confiance qui ont accepté ces missions de recherche sur leurs installations.

La première étape consiste à identifier les espèces présentes sur les lieux. « J’ai mis en place un protocole de piégeage à l’aide de coupelles colorées (correspondant au spectre de couleur des fleurs) remplies d’eau et d’un tensio-actif. Situées entre les rangées de panneaux ou dans des zones délaissées, les stations de piégeage permettent de récolter des abeilles sur un laps de temps de 48h. Je procède ensuite au comptage et à l’identification. C’est un travail assez laborieux », confie le jeune entomologiste.

Adrien s’intéresse aussi à la flore, parfois très spécifique, dont les insectes ont besoin pour se nourrir. « Il faut savoir qu’il existe en France pas moins de 973 espèces d’abeilles sauvages dont la majorité nidifient dans le sol et dont dépendent 80 % des espèces mondiales de plantes à fleurs pour leur pollinisation », explique ce dernier.

Il évalue ensuite divers paramètres comme l’occupation du sol ou l’incidence de l’ombrage des panneaux sur la population de pollinisateurs. « On va regarder si le nombre d’abeilles diminue entre les panneaux ou si on récolte moins d’espèces différentes. En fonction des résultats, nous pourrons mettre en place des préconisations spécifiques. Par exemple, la pose de panneaux mobiles ou l’augmentation de la distance inter-panneaux. »

Diverses expérimentations sont également mises en place. Par exemple, des bacs de sables visant à favoriser la nidification des insectes sont disposés sur certaines installations. « Nous avons aussi décompacté le sol entre les rangées de panneaux d’un parc implanté sur une ancienne carrière. L’idée est de favoriser le retour de la flore et par extension celui des pollinisateurs. »

De premières recommandations découlent déjà des observations d’Adrien mais ce dernier a encore beaucoup de travail avant de pouvoir répondre aux nombreuses questions qui demeurent et ainsi permettre une prise en compte plus optimale de ces insectes dans les études réglementaires. Rappelons que, dans cette lignée, CERMECO réalise des inventaires avant travaux dans le but d’observer s’il existe des effets après réalisation de la centrale par rapport à l’état initial.

"Evoquer davantage la diversité des abeilles et éviter les pièges"

 « On parle beaucoup de l’abeille domestique mais on devrait plutôt évoquer la diversité des abeilles sauvages qui ont un rôle essentiel. L’abeille domestique, ce n’est qu’une parmi plus de 900 et déjà la plus répandue. De plus, elle ne pollinise pas toutes les fleurs. S’il est important de protéger les milieux naturels et donc d’éviter les pesticides, on préconise trop souvent la pose de ruches qui mettent parfois les abeilles en concurrence les unes avec les autres. C’est comme si pour sauver les oiseaux, on préconisait d’installer des poulaillers. On peut faire le même constat pour l’ensemencement. Il faut éviter de tomber dans le piège de la semence non locale. L’idée serait plutôt de créer des zones de cohabitation pour les abeilles domestiques et les abeilles sauvages. »

Le parcours d'Adrien

Titulaire d’une Licence Sciences de la Vie, puis d’un Master Gestion de la Biodiversité, Adrien est spécialiste des insectes. Après avoir consacré son stage de M1 à compléter un atlas de biodiversité communal, il commence à s’intéresser plus particulièrement aux abeilles. C’est lors d’une sortie naturaliste avec l’OPIE, dans les Pyrénées, qu’il fait la rencontre de notre Directeur, Aurélien Costes. De cette rencontre découlera une année de stage de M2 au sein de CERMECO puis, le contrat dans le cadre de France Relance avec une promesse d’embauche chez CERMECO à l’issue. Il pourra ainsi poursuivre ses missions de recherche et participer aux inventaires faunistiques, dans sa spécialité « entomologie », dans le cadre des études réglementaires.

Une intervention aux Assises nationales des insectes pollinisateurs

Accompagné de David Martinière, Adrien a participé mi-novembre à la 3e édition des Assises nationales des insectes pollinisateurs à Besançon. Des rencontres durant lesquelles il est intervenu pour faire part de ses recherches à ses pairs mais aussi deux journées de travail intensif qui ont permis à nos deux représentants de bénéficier de retours d’expérience sur les inventaires et la gestion d’espaces, d’échanger avec les différents acteurs sur les freins qui pèsent sur la prise en compte des enjeux et d’identifier les leviers à activer, en tant que bureau d’études, pour renforcer notre expertise et encourager nos partenaires à étudier l’incidence de leurs projets sur ces insectes et les services écosystémiques associés.