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Définir et délimiter les zones humides : un travail essentiel pour la préservation de la biodiversité

A l’occasion de la journée mondiale des zones humides, anniversaire de l’adoption de la convention de Ramsar (en 1971), nous sommes allés sur le terrain aux côtés de Nicolas, l’un de nos chargés de missions.

Son travail du jour, délimiter les zones humides dans un champs de plusieurs hectares, envisagé pour accueillir un parc photovoltaïque.

Ingénieur géologue de formation avec une spécialisation dans les environnements aquatiques, Nicolas a intégré CERMECO il y a quelques mois. « Je me suis passionné pour les milieux humides lors de mon stage de Master 2 consacré au bilan hydrologique du bassin versant de la Réserve naturelle nationale de Nohèdes (66) », explique le jeune homme.

Il trouve donc un grand intérêt à exercer ce métier qui se partage entre le terrain et une grosse partie de recherche bibliographique, de cartographie et de rédaction d’études.

Depuis 1992, la préservation et la gestion durable des milieux humides ont été reconnues d’intérêt général. L’arrêté du 24 juin 2008, modifié par celui du 1er octobre 2009, précise les critères de définition et de délimitation des zones humides en application des articles L. 214-7-11 et R. 211.108 du Code de l’environnement.

« On se base sur deux critères pour définir une zone humide, rappelle Nicolas, le critère pédologique qui consiste à regarder la nature du sol en recherchant la présence de sols hydromorphes et le critère botanique avec la recherche de végétation hygrophile. »

Définir une zone humide sur le critère pédologique

Nicolas, lui, se concentre sur le critère pédologique laissant à ses collègues botanistes le soin d’inventorier la végétation. « Depuis la loi du 24 juillet 2019, l’un ou l’autre des critères suffit à définir une zone humide », complète le chargé de missions.

Muni de sa tarière manuelle graduée, d’un GPS et d’une gouttière en plastique, il s’apprête à commencer ses investigations de terrain.

« On va chercher les traces d’oxydation et de réduction du fer dans le sol en effectuant des carottages de 50 cm minimum. Si les traces apparaissent avant 25 cm et s’intensifient ensuite, on est sur une zone humide. »

Mais comment définir les points où réaliser les prélèvements ? « Nous réalisons au minimum 1 sondage par hectare », renseigne Nicolas qui ajoute que « le nombre de prélèvements va surtout dépendre du sol que l’on va trouver. »

En amont de sa venue sur le terrain, il a consulté une photographie aérienne du site. « En fonction de la couleur de la végétation, on peut déjà supposer que certaines zones sont humides. On va donc y réaliser des sondages pour vérifier. Mais la présence de végétation comme la présence d’eau en surface n’impliquent pas forcément la présence d’une zone humide sur le critère pédologique. »

Nicolas consulte également des données fournies par l’agence de l’eau Adour Garonne indiquant des zones humides déjà référencées et se base enfin sur les courbes topographiques du terrain sur lesquelles il s’appuiera pour délimiter les zones. « Je fais le choix de l’emplacement des sondages au fur et à mesure. Si j’ai un point en zone humide et l’autre non, alors la limite de la zone humide se trouve entre ces deux points. Je multiplie donc les sondages dans cet espace pour obtenir une délimitation précise. »

La tâche s’avère donc plus ou moins chronophage. Nicolas va arpenter le terrain durant de longues heures pour proposer des délimitations les plus exactes possibles.

A chaque point choisi, il sort sa tarière et place chaque carotte extraite dans la gouttière afin de reconstituer le sondage et mettre en évidence les horizons successifs. Ainsi, il apprécie également plus précisément la profondeur d’apparition des éventuelles traces d’oxydation et de réduction.

« Les traces orange sont des marques d’oxydation. Elles résultent d’un engorgement temporaire par l’eau. Les traces grisâtres, elles, sont les zones d’où le fer a migré lors des phases d’engorgement. Enfin, des traces gris-bleu indiquent la présence de fer réduit et donc d’un engorgement permanent du sol », indique Nicolas. Tout est ensuite question d’appréciation. Notre chargé de missions va également regarder la texture du sol prélevé et noter chaque détail.

Le travail de Nicolas et celui de ses collègues botanistes permettra d’orienter l’implantation du projet.

Eviter au maximum les impacts écologiques

La priorité est de préserver les zones humides à travers les démarches d’évitement et de réduction. Toutefois, si cela n’est pas possible, une compensation sera mise en place en recréant des zones humides aux fonctionnalités équivalentes. Mais cela doit se faire au plus proche de la zone initiale, sur la même masse d’eau. « S’il y a compensation, on essaiera d’avoir un gain, soit de surface, soit écologique. Un suivi sur la durée de l’exploitation est obligatoire pour évaluer l’impact écologique. »

La délimitation des zones humides est donc déterminante. « Il est important d’éviter l’asséchement des sols et donc de bien définir les zones impactées. Sur un projet de parc photovoltaïque, on va surtout faire attention à l’implantation des pistes et des postes de maintenance principales sources d’imperméabilisation du sol. Il faut également anticiper l’ombrage occasionné par les panneaux qui peut nuire à la végétation. »

Des milieux essentiels en danger

Rappelons que les zones humides abritent des écosystèmes particuliers et jouent des rôles économiques, sociaux, écologiques et climatiques indispensables. Malgré tout, « au cours du siècle dernier, plus de la moitié des zones humides en Europe et dans le monde a disparu (CEE, 1995). Et la France n’est pas épargnée. La destruction et la dégradation perdure aujourd’hui en dépit de la prise de conscience de la valeur de ces milieux et de la mobilisation pour leur protection » selon le site zones-humides.org.